Banqueroute de Law

Au lendemain de la mort de Louis XIV , en 1715, Philippe d'Orléans le Régent de Louis XV se trouve face à de sévères difficultés financières en raison des couteuses campagnes de guerre et des fastes de Louis XIV.

La dette dépasse 3,5 milliards de livres, soit l'équivalent d'une dizaine d'années de recettes et le produit insuffisant des impôts aggrave le déficit.

Se refusant à une banqueroute, le Régent autorise par édit du 2 Mai 1716, Law (prononcer Lass en Français), financier écossais, à créer une banque privée, sur le modèle de la banque d'Angleterre, qui prend le nom de « Banque Générale», établie à Paris, initialement Rue Vivienne , puis Rue Quincampoix

La banque :

  • reçoit le privilège de l'émission de billets, garantis par le dépôt de numéraire (or et argent), convertibles en or et argent, et présentant l’avantage d’être plus faciles d’utilisation que les pièces d'or.
  • accorde des facilités aux commerçants
  • Offre la possibilité à ses porteurs de parts de souscrire des "billets" d'État (un peu comme un emprunt d'Etat), que l'État lui-même pourrait rembourser en billets de banque, ce qui avait l’avantage de réduire la dette publique

La banque connaît un succès immédiat notamment en raison de la spéculation sur ses titres et du rendement élevé qu’ils procurent.

Law crée progressivement d’autres sociétés notamment la Compagnie d'Occident, pour les colonies françaises d'Amérique et du Sénégal et en absorbe certaines : Compagnie de Louisiane qui lui donne le monopole commercial sur ce territoire et l’espoir de concurrencer l’Espagne et l’Angleterre, Compagnie Française des Indes Orientales et la Compagnie de Chine

La Banque générale devient Banque royale en 1718 et les billets de banque sont désormais garantis par le roi. En 1719, la banque reçoit les recettes publiques.

Law possède alors la mainmise complète sur l'ensemble du commerce extérieur et du système fiscal de la France.

L'émission des actions de la banque permet de convertir les anciennes rentes d’état et de les liquider, ce qui a pour effet que le niveau de la dette publique baisse.

La banque prête en outre 1,2 Milliard de livres au Régent, au taux de 3 %, en vue de rembourser partiellement la dette publique.

Ces prêts entraînent des augmentations successives de capital de la banque, ce qui est générateur de spéculation dès le début de 1720

La même année, la banque et les compagnies fusionnent et Law est nommé contrôleur général des finances

La banque procède alors manifestement à une émission excessive de billets.

La situation s'emballe : pour briser la traditionnelle thésaurisation française de l'or et de l'argent, Law interdit la possession de plus de 500 livres de métaux précieux par foyer, sous peine de confiscation et d'amende.

Il va même jusqu’à suspendre la valeur libératoire de l'or..

La rumeur d'une banqueroute est répandue par quelques initiés et des adversaires irréductibles de Law, et la méfiance apparaît.

Des grands personnages comme le prince de Conti et le duc de Bourbon, viennent en personne retirer de l'or au siège de la banque, rue Quincampoix, ce qui entraîne des émeutes. Le cours des actions chute, sans que Law parvienne à le contrôler.

Le 17 juillet 1720, 17 morts sont ramassés à la suite des émeutes rue Quincampoix.

Le 21 juillet 1720, un arrêt institue une semi-banqueroute et le 10 octobre 1720 est annoncée la suspension des billets de la Banque royale.

Law démissionne de ses fonctions ministérielles et s'enfuit

La liquidation du système est organisée : les détenteurs d'actions à les faire « timbrer » c’est-à-dire à obtenir un visa pour être indemnisés. Les petits porteurs sont intégralement indemnisés par l’Etat et les spéculateurs qui ont contribué à la faillite du système sont frappés d’amende.

D’un strict point de vue économique le système a dynamisé le commerce extérieur, principalement vers les colonies, contribué malgré tout à la diminution de la dette publique et été l’ancêtre de la monnaie papier, évidemment beaucoup plus encadrée.